Sommet de l’EPC à Erevan : Trump, l’« éléphant dans la pièce », et l’Europe face à ses défis stratégiques
Réunis en Arménie, les dirigeants européens ont admis leur dépendance excessive à l’égard des États-Unis pour leur sécurité.
Entre retrait de troupes américaines en Allemagne, guerre en Ukraine et tensions avec l’Iran, l’Europe cherche une voie vers l’autonomie stratégique.
L’« éléphant dans la pièce » était bien présent au sommet de la Communauté politique européenne (CPE) à Erevan, le 29 avril 2026 : Donald Trump. Sans que son nom ne soit explicitement cité, le président américain a dominé les débats, alors que les dirigeants européens admettaient leur dépendance croissante à l’ombre militaire des États-Unis et leurs difficultés à s’unir face aux défis géopolitiques. Emmanuel Macron a pointé du doigt « l’indifférence américaine grandissante pour la sécurité européenne », tandis que Keir Starmer a reconnu que « les alliances européennes ne sont pas là où nous le souhaitons ». Entre le retrait annoncé de 5 000 soldats et missiles américains d’Allemagne, la guerre en Ukraine et les répercussions économiques de la guerre américaine-israélienne contre l’Iran, l’Europe apparaît fragilisée par ces défis.
En résumé : 3 points clés
Dépendance militaire : L’Europe reconnaît son sa dépendance excessive sur le parapluie de sécurité américain, alors que Trump annonce le retrait de 5 000 soldats et missiles d’Allemagne, placés là par Biden pour dissuader la Russie.
Alliances en crise : Macron et Starmer admettent que les relations transatlantiques « ne sont pas où elles devraient être », avec des tensions exacerbées par les critiques de Trump envers l’Allemagne (Friedrich Merz « fait un travail terrible »).
Recherche d’autonomie : Le Royaume-Uni négocie son entrée dans un plan de prêt de 90 milliards d’euros de l’UE pour l’Ukraine, mais l’autonomie stratégique européenne reste un objectif lointain, nécessitant « des décennies ».
1. Trump, l’omniprésent absent : l’Europe sous le choc de l’indifférence américaine
Un sommet marqué par l’absence (et la présence) de Trump
Le sommet de la CPE à Erevan (Arménie) avait pour objectif officiel de discuter de la sécurité énergétique, de la protection de la démocratie et du soutien à l’Ukraine.
Pourtant, Donald Trump a dominé les échanges, bien que son nom n’ait pas été explicitement prononcé.
Emmanuel Macron a qualifié « l’indifférence croissante des États-Unis pour la sécurité européenne » d’« éléphant dans la pièce ».
Keir Starmer (Premier ministre britannique) a admis que « les alliances européennes ne sont pas là où nous le souhaitons », des propos visiblement dirigés vers Washington.
Le retrait des troupes américaines : un électrochoc
Trump a annoncé le retrait de 5 000 soldats et de missiles à longue portée des bases en Allemagne.
Ces missiles avaient été déployés par Joe Biden pour dissuader une agression russe future.
Réaction européenne :
Friedrich Merz (chancelier allemand), absent à Erevan, avait précédemment critiqué le manque de stratégie de Trump dans sa guerre contre l’Iran.
Trump a riposté en déclarant que Merz « fait un travail terrible ».
Mark Rutte (secrétaire général de l’OTAN) a indiqué que les Européens avaient « entendu les frustrations » de Trump.
2. L’Ukraine, l’Iran et l’OTAN : l’Europe sous pression sur tous les fronts
La guerre en Ukraine : un défi toujours présent
Volodymyr Zelensky a appelé les alliés de Kyiv à maintenir la pression sur le Kremlin.
« Cet été sera un moment où Vladimir Poutine décidera quoi faire ensuite. Nous devons le pousser vers la diplomatie. Ils ne peuvent pas se permettre l’équipement militaire, cela montre qu’ils ne sont pas forts maintenant. »
Les répercussions de la guerre américaine-israélienne contre l’Iran
Les tensions au détroit d’Ormuz (blocus) et les répercussions économiques de la guerre contre l’Iran pèsent sur l’Europe.
Ces crises s’ajoutent à la dépendance militaire et complexifient la recherche d’une unité européenne.
3. Le Royaume-Uni et l’UE : vers un rapprochement forcé par les circonstances ?
Le Royaume-Uni dans le giron européen ?
Keir Starmer ne cache plus son désir de renforcer la coopération avec l’UE, voire de s’aligner sur ses positions.
Le Royaume-Uni négocie actuellement son adhésion à un plan de prêt de 90 milliards d’euros (78 milliards de livres sterling) dirigé par l’UE pour soutenir l’Ukraine.
Arguments de Starmer :
« C’est d’un grand bénéfice pour l’Ukraine, mais aussi pour les emplois que cela créera au Royaume-Uni. »
Il a évité de commenter les demandes de l’UE selon lesquelles le Royaume-Uni devrait verser 1 milliard de livres sterling par an (1,3 milliard de dollars) en échange d’une réinitialisation des relations.
« You have to pay to play »
Comme le soulignent des experts : « Vous devez payer pour jouer » (accès au marché unique, coopération militaire, etc.).
Problème : Ces négociations prendront du temps, alors que l’Europe cherche à accélérer son autonomie stratégique.
Analyse : l’Europe face à ses illusions et à ses réalités
1. La dépendance militaire : un aveu de fragilité
Le constat :
L’Europe reconnaît ouvertement sa dépendance excessive au parapluie de sécurité américain.
Le retrait des troupes et missiles américains en Allemagne expose la vulnérabilité européenne face à une agression russe.
Les conséquences :
Sans les États-Unis, l’Europe n’a pas les capacités militaires pour se défendre seule.
Les dépenses de défense européennes restent insuffisantes, malgré les appels répétés de l’OTAN et des États-Unis.
2. Les divisions internes : un frein à l’unité
L’Allemagne en première ligne :
Friedrich Merz a critiqué la stratégie de Trump envers l’Iran, déclenchant une réplique cinglante (« fait un travail terrible »).
Berlin tente de calmer le jeu, mais les tensions avec Washington persistent.
La France et le Royaume-Uni :
Macron et Starmer reconnaissent les faiblesses des alliances européennes, mais sans proposer de solution concrète.
Le rapprochement britannique avec l’UE (via le plan de prêt pour l’Ukraine) montre une volonté de coopération, mais aussi une nécessité économique.
3. L’autonomie stratégique : un objectif lointain
Le réalisme :
L’Europe mettra « des décennies » à atteindre une autonomie militaire et à se libérer de l’influence américaine.
Mark Rutte (OTAN) mise sur une stratégie de charme envers Trump pour éviter une rupture totale.
Les obstacles :
Divisions internes : Les tensions entre l’Allemagne et les États-Unis, ou les négociations complexes entre le Royaume-Uni et l’UE, ralentissent toute avancée.
Urgence : L’Europe doit agir pour éviter de se retrouver en difficulté face à ces crises.
4. Le piège de la dépendance : que faire ?
Option 1 : Accélérer l’autonomie :
Avantages : Réduire la dépendance aux États-Unis, renforcer la crédibilité de l’OTAN et de l’UE.
Risques : Coût élevé, délai long, et risque de fragiliser davantage les relations transatlantiques.
Option 2 : Négocier avec Trump :
Avantages : Éviter une rupture totale, maintenir un minimum de coopération.
Risques : Céder à des pressions (ex. : augmenter les dépenses militaires) sans garantie de réciprocité.
Option 3 : Renforcer les alliances européennes :
Exemple : Le plan de prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine montre une volonté de solidarité.
Limites : Le Royaume-Uni et l’UE négocient encore les termes (1 milliard de livres par an pour le Royaume-Uni ?).
Conclusion : l’Europe à la croisée des chemins
Le sommet de la CPE à Erevan a révélé une vérité crue : l’Europe est toujours dépendante des États-Unis, et en difficulté pour s’unir face aux défis géopolitiques. Les questions sont multiples :
✅ Militaire : Comment combler le vide laissé par le retrait américain sans exploser les budgets ou diviser davantage l’UE ?
✅ Diplomatique : Faut-il céder aux exigences de Trump (augmenter les dépenses de défense) ou résister pour préserver une autonomie déjà fragile ?
✅ Économique : Le plan de prêt pour l’Ukraine est-il un premier pas vers une coopération renforcée, ou simplement une mesure d’urgence sans lendemain ?
Pour Les Nouvelles Lignes, une certitude : l’Europe ne peut plus se contenter de déclarations d’intention. Elle doit choisir entre la soumission à Washington, une autonomie coûteuse et longue, ou une troisième voie encore à inventer. Sans cela, elle restera otage des décisions américaines – et des crises qui s’annoncent.
Et vous, cher lecteur :
Faut-il que l’Europe accélère son indépendance militaire, même au prix de sacrifices budgétaires et de tensions internes, ou doit-elle privilégier la coopération avec les États-Unis, au risque de rester dépendante et en difficulté face aux crises ?


