Parquet européen : le RN dans le viseur pour détournement présumé de fonds européens vers le média training de Bardella
Le 7 mai 2026, le parquet européen a officiellement ouvert une enquête pour fraude présumée.
En cause : l’utilisation de dotations parlementaires européennes pour financer des formations aux médias au profit de Jordan Bardella, alors président par intérim du RN, en pleine campagne présidentielle de 2022.
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En résumé : 3 points clés
Une enquête européenne : Le parquet européen a lancé des investigations sur une possible fraude liée à des formations aux médias financées par des fonds européens, dont aurait bénéficié Jordan Bardella, président du RN, pendant la campagne présidentielle de 2022.
Une plainte d’Anti-Corruption : L’association AC!! Anti-Corruption, s’appuyant sur des révélations du Canard enchaîné, accuse le RN d’avoir détourné 133 300 euros (selon la source Stéphane Larue) de fonds publics européens pour préparer Bardella à la présidentielle, et non à ses fonctions d’eurodéputé.
Le RN conteste : Le parti dénonce une « instrumentalisation politique » et affirme que les prestations de médias training étaient conformes aux règles du Parlement européen, validées par ses services. Il menace de porter plainte pour dénonciation calomnieuse.
Entre formations européennes et campagne présidentielle
L’origine de l’enquête
Le 7 mai 2026, le parquet européen a confirmé l’ouverture d’une enquête pénale formelle après une plainte déposée en décembre 2025 par l’association AC!! Anti-Corruption. Celle-ci s’appuie sur un article du Canard enchaîné révélant que des fonds alloués aux élus RN au Parlement européen auraient été utilisés pour financer des formations aux médias destinées à Jordan Bardella, alors président par intérim du parti et figure centrale de la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2022.
Le parquet national financier (PNF) avait d’abord analysé le dossier avant de le transmettre au parquet européen « pour évaluation fin janvier 2026 ». Après une phase de vérifications, l’enquête a été officiellement ouverte pour suspicion de fraude aux fonds de l’Union européenne.
Le montage financier en question
Un formateur spécialisé dans le media training, Pascal Humeau, avait été engagé entre 2019 et 2021 pour « préparer à l’exercice médiatique les élus européens du RN ». Pourtant, à partir de septembre 2021, sa mission aurait évolué : il aurait été chargé d’aider Bardella « non pas sur sa connaissance de l’actualité européenne, mais en vue de la préparation de l’élection présidentielle française de 2022 ».
Les fonds en jeu, 133 300 euros selon la source Stéphane Larue, proviennent des enveloppes budgétaires du Parlement européen, normalement destinées à soutenir les activités des eurodéputés dans leur mandat. L’association Anti-Corruption estime que ces ressources auraient été détournées pour servir un objectif partisan : la formation médiatique de Bardella en vue d’un scrutin national, et non européen.
Confrontation des versions : qui dit vrai ?
La thèse de l’association Anti-Corruption
Détournement de fonds publics : Les formations auraient été détournées de leur finalité initiale (soutien aux eurodéputés) vers un usage partisan (campagne présidentielle).
Preuves : L’association s’appuie sur des témoignages, des documents internes et l’article du Canard enchaîné.
Contexte judiciaire : Cette affaire s’inscrit dans une série de contentieux impliquant le RN, comme l’enquête sur l’ancien groupe Identité et Démocratie (ID), soupçonné d’avoir « indûment dépensé » 4,3 millions d’euros entre 2019 et 2024.
La défense du RN
Conformité des dépenses : Le parti souligne que les formations étaient collectives et validées par le Parlement européen. « Ces prestations de médias training ont été réalisées dans les règles du Parlement européen, sur des sujets européens, auprès de plusieurs eurodéputés de la délégation RN sur la mandature 2019-2024, dont Jordan Bardella ».
Instrumentalisation politique : Le RN dénonce une manœuvre visant à affaiblir son président. Dès le dépôt de la plainte, le parti a évoqué la possibilité d’engager des poursuites pour dénonciation calomnieuse contre Anti-Corruption.
Précision chronologique : « Elles [les formations] ont été interrompues, précisément en raison du début de la campagne présidentielle de 2022 ».
Analyse : quand l’Europe finance (indirectement) les campagnes nationales
Un système à risques
Le financement des partis politiques par des fonds européens n’est pas nouveau, mais son détournement vers des objectifs nationaux pose un problème de transparence et de responsabilité démocratique. Si les faits sont avérés, cette affaire révélerait une stratégie délibérée du RN pour contourner les règles de financement des campagnes électorales françaises, déjà parmi les plus strictes d’Europe.
L’enjeu budgétaire et démocratique
Pour le contribuable européen : Chaque euro détourné est un euro soustraits aux politiques publiques européennes. Dans un contexte de crise budgétaire, ces pratiques sapent la confiance dans les institutions.
Pour la démocratie française : Si le RN a utilisé des fonds européens pour sa campagne, cela pose la question de l’équité entre les partis.
Précédent dangereux : Une condamnation créerait une jurisprudence pouvant concerner d’autres partis européens, mais aussi renforcer les contrôles sur l’usage des fonds publics.
La mécanique du pouvoir
Cette affaire illustre une tension récurrente : l’utilisation des mandats européens comme levier pour des ambitions nationales. Le RN, comme d’autres partis, semble avoir optimisé, voire détourné, les ressources à sa disposition. La question n’est pas seulement juridique, mais aussi éthique : un élu européen doit-il servir exclusivement ses électeurs, ou peut-il légitimement préparer une carrière nationale avec des fonds publics européens ?


