Netanyahu : la guerre en Iran n’est « pas finie ». L’uranium enrichi, dernier obstacle à la paix
Benjamin Netanyahu maintient que la guerre en Iran n’est pas terminée : l’uranium enrichi et les sites nucléaires restent à démanteler. Analyse des enjeux et des propositions américaines.
11 mai 2026 - 21h35
Un conflit qui persiste malgré les avancées
Dimanche 10 mai 2026, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réaffirmé, dans une interview accordée à la chaîne américaine CBS, que la guerre en Iran, débutée le 28 février 2026 avec le blocage du détroit d’Ormuz, n’était « pas finie ». Motif invoqué : il reste encore à « retirer d’Iran » les stocks d’uranium enrichi et à démanteler les sites d’enrichissement. Cette déclaration intervient alors que l’Iran a annoncé avoir répondu à une proposition américaine visant à mettre un terme aux hostilités au Moyen-Orient, et que les discussions s’intensifient pour trouver une issue diplomatique.
image d’illustration - Source Facebook
En résumé : 3 points clés
L’uranium enrichi, cœur du problème : Netanyahu insiste sur la nécessité de retirer les 441 kg d’uranium enrichi à 60% (proche du seuil militaire), 180 kg à 20% et plus de 6 tonnes à 5%, répartis sur les sites de Fordo, Natanz et Ispahan, selon l’AIEA. L’Agence a d’ailleurs confirmé des impacts directs sur les salles souterraines du site de Natanz.
Des propositions américaines sur la table : L’Iran a soumis une réponse incluant la réouverture graduelle du détroit d’Ormuz et la dilution partielle de son uranium, mais Washington et Israël restent sceptiques.
Un enjeu géostratégique : Netanyahu évoque le soutien chinois à l’arsenal militaire iranien et affirme vouloir réduire à zéro l’aide américaine à Israël, estimée à 3,8 milliards de dollars par an. Donald Trump, lui, a demandé à Israël de suspendre les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniens, tout en menaçant de détruire « massivement l’intégralité du gisement » en cas de poursuite des attaques.
Les faits
1. La position israélienne : un désarmement nucléaire non négociable
Benjamin Netanyahu a martelé que la guerre avait permis d’accomplir « beaucoup de choses », mais que le travail n’était pas terminé. « Il reste encore des matières nucléaires, de l’uranium enrichi, qui doivent être retirées d’Iran », a-t-il déclaré, ajoutant que des sites d’enrichissement devraient également être démantelés. Interrogé sur la méthode pour y parvenir, il a répondu : « On y va et on le sort. » Une formule qui en dit long sur la détermination israélienne à agir unilatéralement si nécessaire.
Selon les dernières données de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Iran disposait, avant le conflit, de stocks stratégiques : 441 kg d’uranium enrichi à 60% (seuil critique pour une bombe), 180 kg à 20% et plus de 6 tonnes à 5%. Ces réserves, réparties sur trois sites majeurs (Fordo, Natanz, Ispahan), représentent une menace persistante pour Israël et ses alliés. L’AIEA a par ailleurs confirmé des impacts directs sur les salles souterraines du site de Natanz, ciblé par des frappes israéliennes.
2. La réponse iranienne : des garanties en échange d’un cessez-le-feu
De son côté, Téhéran a annoncé avoir répondu au plan américain, qui prévoit notamment la réouverture du détroit d’Ormuz (bloqué depuis le 28 février 2026) et la levée du blocus des ports iraniens par la marine américaine. Selon le Wall Street Journal, l’Iran serait prêt à diluer une partie de son uranium enrichi et à envoyer le reste dans un pays tiers, sous supervision internationale.
Cependant, Netanyahu reste méfiant : « Ce que le président Trump m’a dit, c’est : ‘Je veux y aller’. Et je pense que c’est physiquement possible. » Une allusion à une éventuelle intervention conjointe pour sécuriser les stocks nucléaires. Donald Trump a d’ailleurs demandé à Israël de suspendre les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniens, tout en menaçant de détruire « massivement l’intégralité du gisement » si Téhéran poursuivait ses attaques.
3. Le rôle des États-Unis et de la Chine : un jeu d’influences complexe
Netanyahu a pointé du doigt le soutien chinois à l’Iran, notamment via la fourniture de composants pour la fabrication de missiles. « La Chine donne un certain soutien, en particulier des composants de fabrication de missiles », a-t-il affirmé, sans entrer dans les détails. Cette révélation rappelle que la guerre au Moyen-Orient s’inscrit dans un contexte de rivalités internationales, où Pékin joue un rôle ambigu.
Par ailleurs, Netanyahu a surpris en déclarant vouloir réduire à zéro l’aide américaine à Israël, estimée à 3,8 milliards de dollars par an (soit 3,2 milliards d’euros). Une prise de position audacieuse, alors que des voix s’élèvent aux États-Unis pour dénoncer le coût du soutien à Israël.
Analyse : Les mécaniques de pouvoir derrière le nucléaire iranien
1. Le nucléaire, levier de pression ultime
La question de l’uranium enrichi n’est pas qu’une affaire technique : elle cristallise l’enjeu de la dissuasion régionale. Israël, qui a déjà menées des frappes ciblées sur les sites iraniens (comme Natanz), ne peut se permettre de laisser Téhéran conserver une capacité nucléaire latente. La crédibilité de la dissuasion israélienne est en jeu : si l’Iran conserve ne serait-ce qu’une partie de ses stocks, la menace d’une bombe iranienne planera toujours, forçant Israël à maintenir une posture offensive coûteuse en moyens et en vies humaines.
2. Le piège des garanties : entre diplomatie et réalpolitik
Les propositions iraniennes (dilution de l’uranium, envoi à l’étranger) ressemblent à un scénario déjà vu : celui des accords de 2015 (JCPOA), où Téhéran avait temporairement gelé son programme en échange de levées de sanctions… avant de le reprendre dès que les contraintes se sont relâchées. La méfiance israélienne est donc rationnelle : sans contrôle intrusif et sans démantèlement irréversible, toute trêve ne serait qu’une pause.
Netanyahu le sait : un accord qui ne résout pas la question nucléaire ne fera que reporter le conflit. D’où son insistance sur le retrait physique des stocks, une exigence qui place Washington dans une position délicate. Les États-Unis, divisés entre l’impératif de stabiliser le Moyen-Orient et la pression d’Israël, pourraient se retrouver otages d’un compromis boiteux.
3. Le coût de la guerre : qui paiera l’addition ?
La déclaration de Netanyahu sur la réduction de l’aide américaine n’est pas anodine. Elle intervient alors que le Congrès américain débat du soutien à Israël, et que l’opinion publique s’interroge sur l’utilité d’un conflit prolongé. En brandissant la menace d’une autonomie financière, Israël cherche à forcer la main de Washington : soit les États-Unis s’engagent pleinement (y compris militairement) pour régler la question nucléaire, soit ils acceptent de laisser Israël agir seul, avec les risques que cela comporte.
Par ailleurs, le soutien chinois à l’Iran rappelle que Pékin a tout intérêt à voir le Moyen-Orient s’enliser dans l’instabilité. Une région affaiblie par les conflits est une région où la Chine peut étendre son influence, notamment via des partenariats énergétiques et militaires.
Question : Et si la paix au Moyen-Orient passait par un nouveau modèle de sécurité collective ?
La guerre en Iran a révélé une vérité crue : les mécanismes traditionnels de dissuasion (sanctions, frappes ciblées) ne suffisent plus. Face à un régime iranien déterminé à conserver son programme nucléaire, et à une Chine prête à combler les vides laissés par l’Occident, Israël et ses alliés doivent-ils repenser leur stratégie ?
Faut-il accepter un compromis temporaire (comme la dilution partielle de l’uranium) au risque de voir l’Iran repartir de plus belle dans quelques années ? Ou faut-il exiger un désarmement total, quitte à prolonger un conflit aux conséquences humaines et économiques désastreuses ?
Une chose est sûre : le statu quo n’est plus tenable. La balle est désormais dans le camp de Washington. Mais jusqu’où les États-Unis sont-ils prêts à aller pour éviter un embrasement généralisé ?



