Nationalisation de TotalEnergies : le mirage rentable de Manuel Bompard face à la réalité économique
Et si la solution proposée face à la flambée des prix des carburants était pire que le mal ?
11 mai 2026 - 7h47
Dimanche 10 mai 2026, Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a relancé le débat en affirmant qu’une nationalisation de TotalEnergies serait « extrêmement rentable » pour l’État. Une proposition qui s’appuie sur des chiffres chocs, mais qui ignore les risques structurels pour l’économie française.
En résumé : 3 points clés
Une proposition radicale : Manuel Bompard estime qu’une nationalisation de TotalEnergies serait « tout à fait envisageable » et « extrêmement rentable » pour l’État, en raison des 100 milliards d’euros de dividendes distribués par le groupe sur les dix dernières années, principalement à des actionnaires anglo-saxons comme BlackRock.
Un contexte de tension sociale : La flambée des prix à la pompe, liée à la guerre au Moyen-Orient, relance les appels à une intervention forte de l’État, alors que TotalEnergies a annoncé 5,8 milliards de dollars de bénéfices au premier trimestre 2026 (+51 % sur un an).
Des alternatives déjà sur la table : Bloquer les prix, taxer les superprofits ou encadrer les marges sont d’autres pistes avancées par la gauche, mais la nationalisation reste la mesure la plus symbolique.
image d’illustration - Source Facebook
La thèse de LFI : un calcul « gagnant-gagnant »
Pour Manuel Bompard, la nationalisation de TotalEnergies repose sur un argumentaire chiffré : « TotalEnergies, c’est 100 milliards, sur les dix dernières années, de dividendes distribués à des actionnaires principalement anglo-saxons. Si vous achetez une entreprise et qu’en moins de 10 ans elle a déjà remboursé le coût de l’achat, c’est plutôt une bonne affaire ». Il y voit une opportunité pour l’État de reprendre « une maîtrise stratégique » sur un secteur clé, dans un contexte géopolitique tendu.
Cette position s’inscrit dans une stratégie plus large de blocage des prix et d’encadrement des marges, déjà portée par LFI et le PCF. « Pourquoi pas », avait d’ailleurs répondu Bompard en avril 2026 à la proposition de Fabien Roussel (PCF) de nationaliser TotalEnergies si le groupe ne baissait pas ses marges.
Le contexte : des bénéfices records et une colère sociale
Les profits de TotalEnergies alimentent la polémique : 5,8 milliards de dollars de bénéfices au premier trimestre 2026 (soit 4,96 milliards d’euros), en hausse de 51 % sur un an, alors que les prix à la pompe restent élevés. Le groupe a tenté de calmer le jeu en plafonnant temporairement ses tarifs, mais cette mesure est jugée insuffisante par une partie de l’opinion publique et des syndicats, comme la CGT, qui appellent à des actions plus radicales.
Les réponses des autres acteurs politiques
Face à la montée des prix, le gouvernement a évoqué une taxation des superprofits, mais sans aller jusqu’à la nationalisation. « Toutes les taxations supplémentaires doivent être faites en regardant leur efficacité », a tempéré la ministre de l’Économie, soulignant la complexité juridique et économique d’une telle mesure. TotalEnergies, de son côté, justifie ses bénéfices par des activités internationales et rappelle que son activité de raffinage en France est souvent déficitaire, ce qui limite son imposition locale.
Une nationalisation : un remède pire que le mal ?
La proposition de Manuel Bompard repose sur une vision court-termiste : si l’État récupérait TotalEnergies, il pourrait théoriquement capter les dividendes futurs. Mais cette approche ignore trois réalités majeures :
Le coût exorbitant pour le contribuable : Nationaliser TotalEnergies coûterait des dizaines et des dizaines de milliards d’euros (sa capitalisation boursière dépassait 150 milliards en 2026). Un investissement qui alourdirait la dette publique, déjà à des niveaux historiques, et nécessiterait des économies ailleurs ou de nouvelles taxes.
Le risque de fuite des investisseurs : Une nationalisation brutale enverrait un signal désastreux aux marchés. Pourquoi les fonds étrangers (comme BlackRock) ou les entreprises investiraient-elles en France si l’État peut, du jour au lendemain, confisquer un fleuron industriel ? La crédibilité économique de la France serait durablement affectée.
L’inefficacité sur les prix : TotalEnergies opère dans un marché mondial. Nationaliser le groupe ne changerait rien à la volatilité des cours du pétrole, fixés à l’international. Pire, une gestion étatique pourrait réduire son efficacité, comme l’ont montré les expériences passées (EDF, SNCF…), avec des coûts reportés sur le contribuable ou le consommateur.
Les alternatives réalistes
Plutôt que de brandir la nationalisation, plusieurs leviers existent pour encadrer les profits sans prendre de risque systémique :
Taxer les superprofits : Une taxe exceptionnelle de 20 à 40 % sur les bénéfices excédentaires pourrait rapporter « à peu près deux milliards d’euros », selon Boris Vallaud (PS).
Plafonner les marges : Comme le fait déjà TotalEnergies ponctuellement, mais de manière obligatoire et contrôlée.
Renforcer la transparence : Exiger des groupes pétroliers un détail pays par pays de leurs bénéfices et impôts payés, pour éviter les optimisations fiscales agressives.
Question :
La nationalisation est-elle un outil de justice sociale… ou une arme à double tranchant ? Entre le rêve d’un État stratège et la réalité d’un pays déjà endetté, le débat dépasse TotalEnergies : il interroge le rôle même de l’État dans l’économie. Et si la vraie solution résidait moins dans la propriété des outils de production que dans leur régulation intelligente ?



