Macron en Afrique : la Francophonie en vitrine, la géopolitique en coulisses
Tour d’horizon des enjeux de la tournée présidentielle en Égypte, au Kenya et en Éthiopie, entre soft power, sécurité maritime et reconquête d’influence.
Un voyage aux multiples facettes
Emmanuel Macron a entamé samedi 9 mai 2026 une tournée africaine de cinq jours, débutant par l’Égypte, puis se rendant au Kenya et en Éthiopie. À Alexandrie, il a inauguré le nouveau campus de l’Université de la Francophonie Senghor, un symbole fort de l’engagement français en faveur de l’éducation et de la coopération culturelle. Mais derrière les discours sur la francophonie et le partenariat éducatif se cachent des enjeux bien plus stratégiques : sécurisation du détroit d’Ormuz, renforcement des alliances économiques, et réponse à la montée des influences étrangères sur le continent.
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En résumé : 3 points clés
Soft power éducatif : Inauguration du campus Senghor en Égypte, vitrine de la francophonie et de la coopération académique.
Sécurité maritime : Discussion avec l’Égypte sur une coalition pour sécuriser le détroit d’Ormuz, un enjeu géopolitique clé.
Reconquête d’influence : Face à la perte de terrain de la France au Sahel et à la montée de la Chine, de l’Inde et de la Russie, Macron mise sur des partenariats économiques et diplomatiques renouvelés.
Les faits
1. La Francophonie, un outil de diplomatie culturelle
Samedi 9 mai, Emmanuel Macron a inauguré le nouveau campus de l’Université Senghor à Borg el-Arab, en présence de son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Ce projet, décrit comme un “campus moderne projeté vers l’Afrique”, incarne la volonté française de renforcer les liens éducatifs et culturels avec le continent. L’Université Senghor, créée en 1990, forme des cadres africains francophones sur les questions de développement, un levier pour influencer les élites de demain.
Par ailleurs, la loi-cadre sur les restitutions d’œuvres d’art pillées pendant la colonisation, adoptée début mai 2026, marque une autre étape dans la volonté de renouveler la relation avec l’Afrique. Cette loi, qui facilite la sortie des collections françaises de biens acquis de manière illicite, concrétise une promesse faite par Macron lors de son discours de Ouagadougou en 2017.
2. Sécurité maritime : une coalition pour le détroit d’Ormuz
Lors de ses échanges avec Abdel Fattah al-Sissi, Emmanuel Macron a proposé la création d’une “coalition maritime de pays non-belligérants” pour une mission neutre et multinationale, visant à sécuriser et rouvrir le détroit d’Ormuz, actuellement sous tension. Cette initiative, bien que liée à la visite en Égypte, dépasse le cadre strict de la tournée africaine et s’inscrit dans une logique de stabilisation régionale.
3. Le sommet Africa Forward : un test pour la diplomatie française
Lundi et mardi, Macron coprésidera à Nairobi le premier sommet Africa Forward en présence de dirigeants africains depuis 2017. Ce sommet, organisé dans un pays anglophone (le Kenya), marque une volonté de dépasser les clivages linguistiques et de montrer que la France ne se limite pas à son pré carré francophone. Cependant, la concurrence est féroce : la Chine, l’Inde et la Russie ont déjà pris des parts de marché significatives en Afrique, notamment dans les domaines économique et militaire.
4. L’économie, un volet concret mais discret
Contrairement à une idée reçue, l’économie n’est pas absente de cette tournée. Au Kenya, Macron participera à un forum économique, et des conseils d’affaires franco-africains sont lancés, comme celui franco-sud-africain. Pourtant, face à la Chine, qui investit massivement dans les infrastructures, la France mise sur des partenariats ciblés plutôt que sur des projets pharaoniques.
Analyse :
La Francophonie, un atout ou un leurre ?
Si l’inauguration du campus Senghor est un coup de communication réussi, son impact réel sur l’influence française en Afrique reste à prouver. La francophonie, souvent perçue comme un héritage colonial, doit aujourd’hui se réinventer pour ne pas devenir un simple alibi culturel. La France mise sur l’éducation pour former une nouvelle génération d’élites africaines favorables à ses intérêts, une stratégie à long terme, mais qui suppose une cohérence entre discours et actions.
Sécurité maritime : un engagement risqué mais nécessaire
La proposition d’une coalition pour le détroit d’Ormuz est audacieuse, mais son succès dépendra de la capacité de la France à fédérer des partenaires dans une région où les tensions sont vives. Si Paris parvient à imposer cette initiative, elle pourrait renforcer son rôle de médiateur. Mais en cas d’échec, ce serait un nouveau signe de l’affaiblissement de son poids géopolitique.
L’économie, entre symboles et réalités
Les forums économiques et conseils d’affaires montrent que la France ne néglige pas le volet économique. Cependant, sans offre financière et industrielle compétitive, ces initiatives risquent de rester symboliques. La question reste : la France a-t-elle les moyens de ses ambitions en Afrique ?
Question :
Et si la véritable question n’était pas de savoir si la France peut reconquérir l’Afrique, mais plutôt comment elle compte le faire ? Entre soft power, sécurité et économie, Emmanuel Macron trace une voie étroite. Mais dans un continent où les alliances se redessinent, la France devra prouver qu’elle a plus à offrir que des discours.



