Hantavirus sur le MV Hondius : une crise sanitaire en mer, entre pragmatisme et précaution
Le navire de croisière néerlandais, bloqué au large du Cap-Vert depuis dimanche 3 mai, illustre les défis d’une gestion de crise en milieu confiné.
Entre évacuations, soupçons de transmission interhumaine et coordination internationale, retour sur les faits et les enjeux.
En résumé : 3 points clés
Bilan humain : 3 décès, 2 cas confirmés d’hantavirus (souche Andes, transmissible entre humains), 5 cas suspectés. 149 passagers (dont 5 Français) et 70 membres d’équipage sont à bord.
Mesures en cours : Évacuation de 3 personnes (2 malades et 1 cas contact) via le Cap-Vert, confinement strict, et route vers les Canaries pour un accueil prévu sous 3 à 4 jours.
Enjeux sanitaires : L’OMS confirme un risque de propagation faible, mais la transmission interhumaine, exceptionnelle pour ce virus, complexifie la gestion.
1. Une situation sous contrôle ? Les faits bruts
Le MV Hondius, navire de la compagnie Oceanwide Expeditions, est immobilisé depuis dimanche 3 mai au large de Praia, au Cap-Vert. Trois passagers sont décédés, et sept cas d’infection ont été recensés, dont deux confirmés en laboratoire. La souche en cause, l’hantavirus Andes, est habituellement transmise par des rongeurs, mais l’OMS a confirmé une transmission interhumaine, un phénomène exceptionnel qui justifie la vigilance accrue.
Les 149 passagers, de 23 nationalités différentes (dont cinq Français), et les 70 membres d’équipage sont confinés dans leurs cabines. Les trois malades encore à bord (deux membres d’équipage et une personne ayant eu un contact rapproché avec un cas grave) doivent être évacués vers le port capverdien de Praia avant d’être conduits par ambulance à l’aéroport. Une fois cette opération terminée, le navire prendra la direction des îles Canaries, où l’Espagne a accepté de l’accueillir dans un délai de trois à quatre jours. À leur arrivée, passagers et équipage seront examinés, pris en charge et rapatriés vers leurs pays respectifs.
Le premier cas identifié concernait un couple de Néerlandais de 70 ans. L’homme est décédé à bord, et son corps a été débarqué sur l’île de Sainte-Hélène. Son épouse, évacuée vers Johannesburg, y est également décédée après avoir été testée positive. Un passager britannique de 69 ans, également testé positif, est hospitalisé en Afrique du Sud, tandis qu’un autre passager, hospitalisé en Suisse, a été confirmé positif.
2. La réponse internationale : coordination et précaution
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) supervise les opérations. Ann Lindstrand, représentante de l’OMS au Cap-Vert, a expliqué que les évacuations médicales des cas symptomatiques ou contacts à risque étaient organisées via l’archipel. L’OMS procède également à une évaluation complète des risques et insiste sur le faible risque de propagation, tout en soulignant la nécessité de mesures strictes en raison de la transmission interhumaine.
Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a détaillé les actions en cours : isolement des malades, port de masques, lavage des mains, et soutien aux personnes concernées à bord. Les autorités capverdiennes refusent pour l’instant de laisser débarquer les passagers et l’équipage, tandis que l’Espagne a accepté d’accueillir le navire aux Canaries, avec un protocole sanitaire strict incluant un examen systématique des passagers avant leur rapatriement.
3. Les leçons d’une crise en milieu confiné
Cette situation rappelle les vulnérabilités spécifiques des milieux clos, comme les navires de croisière, où la propagation des maladies peut être accélérée. La gestion des flux de personnes y est complexe, et la pression psychologique sur les passagers est intense. Un passager confiné a partagé sa détresse : « Il y a beaucoup d’incertitude, c’est ça le plus difficile. »
La confirmation d’une transmission interhumaine de l’hantavirus, habituellement propagé par des rongeurs, est un phénomène exceptionnel qui marque un tournant. Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Bichat (Paris), rappelle que « quand on a des symptômes, on est contagieux : il faut isoler les malades, porter des masques, se laver les mains ».
4. Analyse : ce que révèle cette crise
Cette crise met en lumière plusieurs réalités. D’abord, l’importance des protocoles sanitaires clairs : confinement, évacuations ciblées, et traçage des contacts. Ensuite, la nécessité d’une coopération internationale fluide : sans l’acceptation de l’Espagne, le navire serait resté bloqué, aggravant les risques. Enfin, l’OMS et les autorités évitent la panique en insistant sur le faible risque global, mais la communication doit rester transparente pour maintenir la confiance.
Cependant, des limites persistent. La dépendance aux infrastructures locales est un enjeu : le Cap-Vert n’a pas les moyens d’accueillir un navire contaminé, contrairement à l’Espagne. La gestion psychologique est également cruciale. « Est-ce que l’équipage est formé à gérer l’angoisse ? », interroge le Dr Matthieu Coudreuse, membre de la Société française de médecine maritime. Le confinement prolongé peut en effet générer des tensions parmi les passagers.
5. Que retenir pour l’avenir ?
Cette crise doit inciter à renforcer les normes sanitaires à bord des navires, notamment pour les croisières longues. Il faut également anticiper les scénarios de transmission interhumaine, même pour des virus considérés comme non contagieux entre humains. Enfin, il est essentiel de maintenir une coordination internationale fluide : sans elle, ce type de crise pourrait dégénérer, avec des conséquences humaines et économiques bien plus lourdes.
Question :
Cette crise rappelle celle du Covid-19 sur les navires de croisière. Les leçons de 2020 ont-elles été tirées, ou sommes-nous toujours aussi vulnérables face aux épidémies en milieu confiné ?


